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A propos… old

Pourquoi 6 jours ? Parce que. Parce que ça a commencé il y a très longtemps par des longueurs, beaucoup de longueurs, dans une piscine, à regarder les carreaux au fond de l’eau, à écouter le bruit de l’eau, et à aimer ça. Puis la course à pied, un jour, avec l’idée que ça pourrait toujours servir à remplacer la voiture si elle tombait en rade. Le corps humain est tellement plus fiable que la plus belle des mécaniques. Plus lent, certes, mais plus fiable si on sait le respecter.

L’ultra devait se cacher dans mes gènes, ou alors j’ai moi-même assuré la mutation. Depuis l’an 2000 j’ai changé de millénaire, je me suis millésimé, j’ai décidé d’aller loin, et pour de vrai. Quatre-vingts, peut-être quatre-vingt-dix, ou cent, je ne sais pas, je ne sais plus, et je ne compte plus le nombre de fois où j’ai franchi la barrière de l’ultra, seulement 42,195 km, seulement quelques chiffres alignés et décidés un jour pour atterrir aux pieds d’un roi.

Il a fallu monter, augmenter les distances, varier les terrains, juste pour voir. Et j’ai vu les montagnes, les forêts luxuriantes, les plages infinies, les boucles à répétition, pour atterrir au bout du compte, mais comme un nouveau départ, sur un tapis, un simple tapis de course. L’aventure des 6 jours avait commencé avant, mais le tapis, c’était la pureté, l’unicité, l’occasion enfin d’étudier comme un moine bouddhiste, d’aller chercher la foulée perpétuelle.

Nous voici en 2013. Deux 6 jours sur tapis au compteur, voilà deux ans, déjà. Deux 6 jours pour se rendre compte que c’est difficile, quel que soit le kilométrage. Deux 6 jours avec plus de 500 km, et moins de 600, pour se rendre compte que le record absolu de Yiannis Kouros, 1036 km, mérite un profond respect. J’ai pas peur, parce qu’il ne faut pas. Je ne crains rien. J’ai déjà couru plus de 1500 km en 144 heures. Dans ma tête, je suis libre, invincible, tout est possible. Le reste, c’est du détail.

Courir 6 jours, c’est laisser s’échapper le temps, refuser son emprise, se fondre en lui. La nuit, le jour, interchangeables, se succèdent, s’empilent, se frottent, se mélangent, dansent ensemble, comme tirés d’une légende indienne. L’esprit du temps, le Grand Esprit, transforme la Terre en une boule bleue, une toute petite sphère qui tourne sous nos pieds.

Courir 6 jours sur un tapis, c’est avoir la sensation de la Terre qui roule sur elle-même grâce à la propulsion des mollets. Sensation pure de petit démiurge qui refait le monde dans son enclos, désespérément et heureusement sur place. Sensations pures et torrentielles parcourant un corps transformé en âme, en volutes d’émotions traversant chaque veine, chaque cellule, chaque recoin du cerveau.

En 6 jours, je referai le monde à mon image, sans humilité, et j’inviterai tout le monde à faire pareil. Juste parce qu’avec un brin d’imagination, on peut toujours imaginer que c’est possible. Qu’est-ce qui est possible ? Non, la seule question, c’est : qu’est-ce qui est impossible, que j’aille voir… ?

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